L’ode ultime aux teufs des 90’s, c’est avec M.I.A en XR2

MIA

Bolide, drogues, alcool et musique techno dans les banlieues londoniennes, ça sonne comme le début d’un bon gonzo mais c’est pourtant ce que nous raconte avec une profonde mélancolie la plus militante des icônes contemporaines, M.I.A, dans son morceau au titre des plus aphrodisiaques pour bon nombre de youngtimers freaks : XR2.

Londonienne de naissance, âgée de quelques mois à peine Mathangi Arulpragasam de son vrai nom, déménage dans le pays d’origine de ses parents, un Sri Lanka déchiré par la guerre civile où elle fait face à la répression militaire de l’armée srilankaise. Une drôle d’introduction à la vie pour celle qui à son retour dans le South London de 1986, sera bercée et fascinée par la pop music (et Madonna) dont elle tombera accroc au point de ne pas pouvoir s’endormir sans en écouter. Contrainte de devoir rendre la radio qu’on lui avait prêtée, c’est par accident qu’une sonorité qui lui était jusque-là inconnue lui parvient aux oreilles à travers les minces fenêtres de son HLM. De profondes basses dont elle devient immédiatement junky, Arulpragasam venait de découvrir le hip-hop… Comme une continuité naturelle de l’esprit rebelle de son père Arular (activiste militant tamoul),  M.I.A se prend d’amour pour le punk dans une époque où l’electroclash commence à pointer le bout de son nez, alors que les raves sont priées de quitter la ville. Et c’est précisément ici qu’intervient en guise de trait d’union de toutes ces subcultures une bombinette aussi populaire que pimentée, la Ford Fiesta XR2.

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Ford Festoch

Une Fiesta MkII n’a vraiment rien d’excitant : plus petite voiture commercialisée alors par Ford, assemblée en Espagne (d’où son nom), elle se devait d’être plus abordable et compacte qu’une Escort avec pour mission de s’imposer sur un marché aussi palpitant qu’un dîner d’entreprise de fin d’année. Heureusement, au début des 80’s des constructeurs comme Volkswagen et Peugeot y ont injecté une sacré dose d’insouciance en accolant à leurs compactes le désormais légendaire sigle “GTI”, ou ces caisses à savon survitaminées, terreurs des compagnies d’assurance et de parents mal renseignés ! Constatant le succès commercial des 205 et Golf GTI, le constructeur américain se devait de réagir. La solution ? La Fiesta XR2 bien sûr ! Dans un premier temps propulsée par un 1.6 de 85 ch, elle sera dans la Mk2 équipée d’une version de 97 canassons. Outre sa mécanique spécifique, c’est surtout par son allure que la petite Fiesta XR2 conquit les cœurs ! Comment ne pas succomber au charme kitsch des longues portées et de son kit large ? Puis de ce spoiler de hayon prolongeant la silhouette de l’américaine, à l’image de la queue d’une comète fonçant à tombeau ouvert sur la M25 séparant London des raves si chères à notre artiste M.I.A…

C’est grâce à Thatcher

Au début des 90’s comme c’était le cas pour Grand Theft Auto 1 lors de sa sortie, ce sont les médias qui contribuèrent à énergiser l’émergence des raves. Victimes de leur succès mainstream naissant, il n’a pas fallu longtemps pour que les politiques tentent de mettre fin à ce phénomène “nouveau” qu’ils avaient tant de mal à comprendre. Repoussées en dehors de Londres, c’est par la M25, ce long ruban de bitume terminé en 1986 encerclant la capitale et fierté de Margaret Thatcher, que des convois entiers de centaines de ravers rejoignaient les sound systems. Et quoi de mieux que les aires de repos pour y faire le plein de Lucozade, Bacardi, 20/20 et de Thunderbird (j’y reviendrai) avant d’aller danser ? De plus, difficile de trouver plus stratégique comme endroit dans l’attente de la sacro-sainte “info”, autrement dit le lieu de la teuf donné au dernier moment pour plus de discrétion. Rave, XR2, drogues, références musicales et sociétales des 90’s, le tout envenimé par de frénétiques trompettes sur lit de grosses basses qui tachent, c’est le programme que vous réserve la dixième piste de l’album Kala, XR2

M25 London orbital

Tous des enfants de Roland

Viscéralement ancré dans le cœur de notre Londonienne, le hip-hop des années 80 dégouline des albums Arular et Kala. Un hip-hop marqué par l’utilisation caricaturale de la mythique boîte à rythme du constructeur japonais Roland, l’inénarrable TR-808. Une marque de fabrique que partage la Miami bass (ou booty music), un genre de rap festif du sud-ouest des Etats-Unis dont les lyrics sont exclusivement consacrées au sexe. Un autre point commun que partage d’ailleurs le baile funk brésilien, cette musique de rue semblable à la Miami bass à laquelle M.I.A rend hommage dans le morceau Bucky Done Gun. Une reprise du tube local Injeçao de Deize Tigrona qui en live, enflamme systématiquement les foules. 10 Dollar du même album use des mêmes codes, tout comme le morceau dont il est question ici, XR2. Dans ce titre l’artiste évoque toute cette ambiance pré-festive où l’on se chauffe sur le trajet de la teuf en soufflant dans des trompettes en plastique et des sifflets : “Whistle, whistle, blow, blow”. Oui, c’était un truc à l’époque… Elle y énumère notamment la Lucozade, (boisson énergisante), le Bacardi et autres vins locaux bon marché ou aromatisés comme le 20/20 et le Thunderbird. Super nostalgique de cette période, on y retrouve évidemment un puissant hommage aux styles vestimentaires de l’époque et comme dans Teachers des Daft Punk sorti dix ans plus tôt, une dédicace à tous les artistes rap et RnB qui l’ont inspirée. Impossible d’évoquer les 90’s sans parler de MTV, des MP3 et autres messageries internet comme ICQ. Ca tombe bien, puisqu’il en est question et bien plus encore à la fin du titre, dans une longue énumération de sigles gravés à jamais dans la dernière décennie du millénaire. Et vous, vous étiez où en 92 ?

Electronic beats 90s rave

Crédits photos : thefader.com – diymag.com – pinterest.com – standard.co.uk – lancashiretelegraph.co.uk – electronicbeats.net

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