Ivre, il saute de la corniche avec sa Chrysler

On connaît la chanson : Jim s’est fait larguer par sa copine, il est au bout du rouleau et se saoule au volant de sa Chrysler avec l’idée d’en finir. Même si tout a déjà été dit sur ce tube de la Souche, il est toujours bon de redécouvrir cette histoire mélancolique dans laquelle nombre de lonely drivers se retrouvent…

C’est en 1985 que sort C’est comme vous voulez, le septième album d’Alain Souchon. Le chanteur à la tignasse bouclée a passé le cap de la quarantaine et dévoile alors une autre image en laissant derrière lui le garçon anti-machiste un peu fragile pour un côté plus provoc’, plus engagé. Cela se ressent bien sûr à travers les paroles, mais aussi par la musique, qui est plus synthétique (merci le clavier Fairlight !), et donc davantage dans l’ère du temps. A ce sujet, alors qu’il était quasiment absent des crédits du précédent disque, son compère Laurent Voulzy signe ici la composition musicale de la moitié des titres. Parmi ceux-ci, on trouve la chanson qui nous intéresse aujourd’hui, La Ballade de Jim, racontant le désespoir d’un homme qui a perdu le goût de vivre à la suite d’une rupture et noie son chagrin dans l’alcool. Immense succès, ce titre paraîtra en single en 1986, accompagné d’un court-métrage de promo qui obtiendra la Victoire de la Musique du vidéoclip de l’année, excusez du peu !

J’veux du cuir

Réalisé par Philippe Bensoussan et tourné près d’une plage de Calvi en Corse, le clip met en scène Alain Souchon qui campe à lui seul la plupart des personnages visibles à l’écran, de Jim à l’ambulancier, en passant par le barman ou encore le pompiste, sans oublier son propre rôle à la toute fin. Il faut dire qu’à l’époque, le chanteur a déjà une solide expérience en tant qu’acteur au cinéma, celui-ci ayant tourné dans 5 films depuis ses débuts en 1980. Mais si j’ai choisi d’écrire ce sujet sur ce clip, outre mon affection pour la chanson, c’est bien sûr parce qu’il intègre des voitures, deux américaines des années 70 pour être précis. Je passerai sur la Ford LTD transformée en ambulance pour me focaliser sur la fameuse Chrysler, ou plutôt la Plymouth Satellite rouge à la sellerie en vinyle noir. D’ailleurs, pour l’anecdote, les paroles initiales disaient « Jimmy t’es fort, mais tu pleures, sur le cuir rouge de ta Chrysler », avant que Laurent Voulzy ne conseille à son ami de raccourcir la phrase pour que ça sonne mieux. Dans une vidéo d’archive, la Souche émettait des réticences : « Si tu dis que “cuir”, ça fait bagnole anglaise, et une Chrysler, c’est mieux avec du cuir rouge… ». Mais au final, Lolo aura eu gain de cause !

En orbite

Un peu d’histoire à présent. Introduite en 1971, cette troisième génération de Plymouth Satellite était disponible en plusieurs carrosseries, dont notre 2 portes proposée en version standard, Sebring et Sebring Plus. Cette auto partageait sa gamme avec deux sœurs “jumelles”, à savoir la Road Runner, une muscle car abordable, et la luxueuse et performante GTX. La Satellite était entraînée par, au choix, le six-cylindres “Slant-6” 225 ci (3,7 L) de 110 ch ou le V8 318 ci (5,2 L) de 155 ch, tous deux accolés de série à une boîte manuelle à 3 rapports. Sympa mais encore un peu soft pour ceux qui voulaient connaître le frisson de la vitesse. Heureusement, le V8 383 ci (6,3 L) de la Road Runner, ici en version carbu double corps développant 190 ch ou quadruple corps fournissant 250 ch, était proposé en option. Pour en revenir au clip, difficile de déterminer précisément quel modèle conduisait Alain Souchon, mais ce qui est sûr, c’est qu’elle datait de 1971 ou 1972, la Satellite ayant bénéficié d’un léger lifting pour l’année 1973, avec notamment une face avant plus conventionnelle, avant de disparaître l’année suivante.

L’américaine discrète

Triste destin également pour la Plymouth du clip, que l’on voit terminer sa vie à la suite d’un saut de la corniche que n’aurait sans doute pas renié General Lee. Une fin tragique qui, à n’en pas douter, a fait pleurer nombre d’amateurs de MOPAR, hier comme aujourd’hui, étant donné la rareté du modèle dans nos contrées. Si cette génération de Satellite vous intéresse, il faudra donc vous armer de patience pour espérer dénicher la perle rare en occasion, ou ne pas hésiter à lorgner du côté des pays limitrophes comme l’Allemagne qui proposent davantage de choix. Prévoyez au moins 20 000 euros pour un bel exemplaire… et évitez les corniches… et les peines de cœur aussi. Quant à la Satellite rouge cascadeuse, certains affirment qu’elle serait toujours en Corse près de Calvi, au fond du ravin. Je n’irai pas vérifier, mais si vous voulez y faire un saut (très drôle !), tenez-nous au courant !

Crédits photos : cdandlp.com – wheelsage.org – captures d’écran Dailymotion

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